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Voilà ce que cet éleveur de robot veut que vous sachiez sur l’IA, le journalisme et les RP

Simon
16 May 2018

Il y a quelques mois nous avions interviewé Delphine Sabattier ancienne directrice éditoriale de 01 net et spécialiste high-tech. Au cours de cette interview nous avions parlé de journalisme et d’intelligence artificielle. Elle avait notamment mentionné l’existence d’un ancien journaliste aujourd’hui éleveur de robot.

Nous avons été intrigués et avons décidé de le contacter pour en savoir plus.

Voici donc l’interview de Benoît Raphael, ancien journaliste et à présent, éleveur de robot.

Dans cette interview, vous apprendrez :

-Comment le monde journalistique a changé
-Comment cela a conduit à la création de Flint, l’intelligence artificielle personnelle
-Pourquoi un robot peut vous aider à mieux qualifier vos sources d’informations et éviter les fake news
-Comment tout le monde peut devenir éleveur de robot

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Peux-tu te présenter ?

Je suis Benoît Raphaël, ancien journaliste et entrepreneur.

J’ai contribué à des médias collaboratis sur internet avec des offres comme Le Post.fr, Le Plus de l’Obs, Le Lab d’Europe 1
J’ai également participé à la création d’une nouvelle offre destinée aux abonnés de Nice Matin autour du journalisme de solutions.

Aujourd’hui, je suis éleveur de robot et co-fondateur de Flint qui a été lancé l’année dernière.

Dans un premier temps, penses-tu que les journalistes ne s’appuient pas assez sur les outils technologiques ?

Pour moi, l’enjeu est de créer du lien envers les lecteurs et de retrouver la confiance qu’ils portent envers les journalistes.

On a tendance à avoir une vision technologique de l’évolution du métier de journaliste .

Or c’est de moins en moins une question de technologie, le monde est digital aujourd’hui, il imprègne tous les usages.
Le plus important est de continuer à raconter une histoire et à créer du lien avec les gens car c’est ce qu’Internet a surtout changé, un rapport différent à l’information et aux autres.

Pour moi, ce sont les habitudes qui ont changé.

Les médias doivent surtout comprendre quel est leur lien avec leur audience dans ce nouveau monde connecté. Mais aussi quel est le rapport qu’a cette audience à l’information. Elle est désormais au coeur d’un faisceau d’informations avec différentes vérités, ou chacun peut donner sa vérité. Cela ne rend pas forcément les gens plus crédules, mais ça a affaibli la confiance dans l’information que l’on reçoit.

L’audience n’attend plus une vérité, mais des outils pour mieux comprendre le monde, pour y agir, et pour augmenter leur connaissance. Ils veulent avoir le pour et le contre pour se faire leur propre opinion. Ils veulent aussi être inspirés parce qu’Internet leur a donné un nouveau pouvoir émancipateur, celui d’agir et de s’exprimer. C’est l’une des raisons pour laquelle on voit émerger depuis quelques années, avec un grand succès, le journalisme dit de solutions. Au delà de dénoncer les problèmes de ce monde, les journalistes cherchent des solutions qui permettent d’avancer et ils nous donnent les clés afin que nous puissions changer les choses. C’est une manière d’émanciper le lecteur.

Selon toi, quelles étaient tes plus grandes difficultés en tant que journalistes ?

Tout dépend ce que tu appelles difficulté. L’arrivée d’Internet a été une formidable opportunité pour les journalistes de travailler plus rapidement, d’avoir accès à plus d’informations, mais aussi de mieux connaître leur audience.

La vraie difficulté pour le métier de journaliste a été l’effondrement du modèle de distribution des médias. Lorsque l’information a explosé en volume et a commencé à être distribuée massivement via les algorithmes de Google et de Facebook au lieu des médias traditionnels comme la presse écrite et la télévision, les revenus se sont effondrés et la charge de travail du journaliste s’est proportionnellement accentuée. Au lieu de miser sur la création de de nouveaux formats, certains médias ont fait la course à l’audience pour tenter de récupérer l’effet de distribution de masse qu’ils avaient connue. Leurs journalistes se sont mis à écrire pour les robots des moteurs de recherche ou des réseaux sociaux. Cette course à l’audience était perdue d’avance, Google et Facebook captent plus de 80% des revenus publicitaires sur Internet.

Pour moi, la réponse à cette problématique est de savoir comment établir un nouveau lien fort avec cette nouvelle audience, qui a l’habitude d’aller chercher les informations sur Internet et qui est hyperconnectée, tout en continuant de raconter des histoires qualitatives dont l’origine est vérifiée.

Ce nouveau rapport au contenu a effectivement permis de faire émerger de nouvelles voix comme celles de Youtubeurs, blogueurs, snapchateurs, qui ont développé un lien direct avec leur audience et dont les journalistes se sont appropriés les codes et les formats.

Avec cette problématique de flux constant d’informations, ne serait-ce pas sur ce constat que tu aurais eu l’idée de créer Flint ?

J’ai toujours été en faveur d’un journalisme plus horizontal et d’une information plus horizontalisée.
L’écosystème de l’information, s’est considérablement enrichi, ce qui est une bonne chose. Mais il est aussi devenu très chaotique. Or, nous avons de plus en plus besoin de cette richesse, parce que le monde va très vite, et que les médias traditionnels ne suffisent pas.

Le problème est que toute cette richesse est distribuée par des algorithmes qui ne suffisent plus pour trier la pertinence des informations. Ces robots s’appuient sur les données que nous envoyons sans le savoir aux géants du web, et cela a créé des biais irréparables dans la pertinence de ce qu’ils nous envoient. Soit ils nous enferment dans des “bulles de filtre”, c’est à dire nous éloignent de toute idée nouvelle ou contraire par un effet pervers de personnalisation, soit ils nous entraînent vers des fake news (fausses informations), quand ils ne nous font pas rater la seule information utile de la journée !

L’enjeu avec Flint était à la fois de retrouver une information dans laquelle nous pouvions à nouveau avoir confiance mais surtout d’avoir un accès à une information de qualité, quitte à ce qu’elle nous surprenne, afin de sortir ces bulles de filtre.

Pour nous, le seul moyen était d’allier l’expertise humaine avec la technologie. Nous savions que cela serait difficile à mettre en place donc nous avons opté pour la création d’un petit personnage qui s’appelle Flint. Il est ce qu’on appelle une” intelligence artificielle personnelle”. Il est facile d’accès, il suffit de se rendre sur Flint.media et chacun peut avoir accès à son propre Fint personnel. Il suffit de l’entraîner à aller chercher une information de qualité, utile et hors de la bulle de filtre.

Comment fonctionne Flint ? Apprend-t-il par l’interaction ?

Le robot envoie tous les jours une newsletter avec une dizaine ou une quinzaine de liens qui le redirigent vers des articles.
C’est un modèle d’entraînement simplifié. Dans le principe, le robot essaye de nous comprendre à partir des choix que nous allons faire en cliquant sur les liens de la newsletter. Il s’adapte au fur et à mesure, de façon assez fine tout en essayant de nous surprendre.

Il y a également la possibilité de l’éduquer de manière plus intensivement en allant dans une salle d’entraînement où l’on peut affiner un peu plus sa pertinence.

Tu penses que le métier d’éleveur de robots fera partie des nouveaux métiers ?

Le métier d’éleveur de robots est listé dans le MIT comme étant l’un des métiers d’avenir de 2018. Mais tout le monde l’est déjà ! Nous entraînons déjà les intelligences artificielles de Google et Facebook, avec toutes les interactions effectuées par leurs millions d’utilisateurs sauf que leurs données ne sont pas toujours pertinentes. Les problèmes que retrouvent Google et Facebook ne sont pas terminés. Il leur faut embaucher aujourd’hui des milliers d’humains pour pouvoir corriger les erreurs commis par les robots dans la distribution de l’information.

Tout le monde est éleveur de robots maintenant, le tout est d’en avoir conscience. Et de pouvoir s’impliquer personnellement dans la façon dont les robots nous amènent cette information en utilisant intelligemment et de façon transparente les données que nous leur apportons.

Lors de tes échanges à la conférence “Manager avec l’IA”, qu’en retiens-tu et comment vois- tu le monde des relations presse et de l’intelligence artificielle évoluer ?

C’est une question que l’on se pose très souvent avec l’arrivée de l’intelligence artificielle.

Il faut d’abord démystifier ce qu’est l’intelligence artificielle. Pour répondre au chaos de l’information, il faut que chaque consommateur de l’information reprenne le contrôle. Il faut qu’il s’applique un peu plus et ne pas rester passif devant l’information sinon c’est la porte ouverte aux bulles de filtres, aux fake news et de rater des informations intéressantes.

Nous le faisons en racontant une histoire pour que chacun comprenne aussi comment fonctionne les algorithmes avec une intelligence artificielle qui s’appuie sur l’apprentissage.

Concernant l’intelligence artificielle, nous avons des débats aujourd’hui qui se questionnent sur les sujets suivants : “Quelle est son intelligence ?” “Quel est son rapport à l’être humain ?” “Est-ce que c’est elle qui va décider ?”

L’IA n’est pas une intelligence consciente. Elle n’est qu’une combinaison d’algorithmes qui ont la capacité de trouver des solutions de manière beaucoup plus rapide et précise. Mais sans un bon entraînement, sans utiliser les bonnes données (c’est à dire des données auxquelles les humains ont donné du sens) elle peut faire n’importe quoi. L’enjeu, ce n’est pas de savoir si elle va nous remplacer, mais d’apprendre à travailler avec elle. L’IA est un outil, pas une nouvelle espèce !

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Nous remercions chaleureusement Benoît Raphael pour nous voir consacrer son temps et si vous voulez vous aussi avoir votre propre newsletter personnalisée préparée avec amour et par une intelligence artificielle, c’est par ici.